Ostéopathe au Canada et au Maroc : l’expérience de Chloé Hiriart

Article paru sur le blog : Oostéo.com – Publications – Ostéopathie générale

 

Pour cette première version, nous avons recueilli le témoignage de Chloé Hiriart, diplômée du Collège Ostéopathique Sutherland de Bordeaux.
« J’ai exercé pendant deux ans à Montréal, au Canada, puis pendant 5 ans à Casablanca au Maroc, je suis actuellement de retour en France, où je me suis installée à Pessac (Gironde). »

 

Motivations, raisons de l’installation à l’étranger

« Après mes années d’études en France, férue de voyages et de nouvelles expériences, exercer à l’étranger était pour moi une évidence. Une fois que la décision de partir est prise, il est fondamental de bien préparer son expatriation.

Ne maîtrisant pas suffisamment la langue anglaise pour gérer une consultation, et étant en début d’exercice professionnel, j’ai opté pour un pays francophone. La liste des destinations potentielles s’amenuise donc immédiatement.

La seconde composante, et non pas des moindres, de tout professionnel souhaitant s’installer hors Union Européenne, est d’obtenir la carte de séjour et le visa de travail obligatoires. Le Canada, était selon moi, la destination toute trouvée, les accords bilatéraux avec la France permettent d’obtenir rapidement et facilement ce visa, initialement d’un an et de le prolonger au besoin.

La cinquième année d’étude m’a permis de préparer mes dossiers complets afin d’arriver au Québec dans les meilleures conditions possibles, une fois diplômée. »

 

 

Pour combien de temps ? Un retour en France était-il prévu ?

 

« Je n’avais à l‘époque pas de date prévue de retour en France. Le monde est vaste, nous avons la chance de n’avoir besoin que d’une bonne formation initiale, ce qui est le cas dans les écoles françaises, d’un permis de travail et bien évidement de nos mains.
De plus, si on a un coup de cœur pour un pays, avec un passeport européen, il est assez aisé d’obtenir des visas étendus et au bout de quelques années la nationalité dudit pays. »

 

Processus d’installation : facilité, différences et cadre de travail

« Au Québec, il n’existe pas encore d’ordre professionnel, l’association Ostéopathie Québec a notamment pour objectif d’attester de la formation de ses membres en s’assurant que les ostéopathes répondent aux critères de l’association et de la province du Québec.
Afin d’être affilié, il faut déposer un dossier complet en suivant le lien suivant.

Après validation du dossier, vous aurez à passer un examen pratique devant 3 ostéopathes et professeurs québécois, cet examen est du type clinicat externe. Il est à noter qu’il y a un laps de temps plus ou moins conséquent entre la validation du dossier et le passage de l’examen pratique.

Le fait d’adhérer à cette association est fondamental afin que les ostéopathes puissent produire des factures prises en charge par les mutuelles locales.
De plus, dans les pays Nord-Américains il faut souscrire à de très bonnes Responsabilité Civile Professionnelles, afin de vous protéger s’il y a le moindre problème, les canadiens comme les américains sont assez procéduriers. En intégrant l’association, vous serez aiguillé et les compagnies d’assurance accepteront de vous assurer.

Une fois ces étapes validées, il existe sur place de nombreux groupements d’ostéopathes appelés Cliniques, généralement on vous propose des contrats de travail « clé en main » avec une rétrocession.
C’est un excellent moyen de commencer sa pratique : il n’y a pas de communication externe à faire, on peut commencer à travailler directement avec un rythme de patient soutenu. Idéal pour débuter !

J’ai adoré le travail d’équipe, les « brainstorming » sur les cas compliqués, les échanges entre les ostéopathes mais aussi avec les réseaux mis en place avant mon arrivée. J’y ai découvert le travail transversal qui peut être mis en place entre les kinésithérapeutes, les naturopathes, les podologues, les sages-femmes, bien évidement tous les médecins et les ostéopathes.

Il y a une grande différence dans la vision de la santé entre la France et le reste du monde. Je pense que le fait que la santé soit quasiment gratuite en France incite les patients à beaucoup consulter, à faire de nombreux examens, et à donc rester longtemps dans le système de soin.
A l’étranger, la santé est onéreuse, les québécois consultent beaucoup en préventif. Leur objectif est de rester en bonne santé et non de traiter la maladie, ainsi il est très agréable de pratiquer dans ces conditions. »

 

L’expérience au Maroc

« Durant mon second hiver sur place, j’ai décidé de quitter Montréal dans les six mois, c’est le laps de temps minimum pour se replonger dans les papiers à clôturer et de lancer les projets à venir.
La vie au Canada est fabuleuse, seules les conditions climatiques (un hiver rude car très long avec peu de luminosité) m’ont poussé à reprendre la route.

Il est très important, que ça soit en France ou à l’étranger, de s’installer dans un endroit où l’on se sent bien. J’ai pris conscience que le soleil et l’océan étaient, pour moi, des éléments essentiels.
J’ai profité d’un séminaire au Portugal pour rencontrer des ostéopathes au Maroc. Je connaissais déjà bien ce pays du Maghreb mais j’y ai visité pour la première fois Casablanca, ville où règne un chaos organisé constant dans laquelle je me suis rapidement sentie très à l’aise.

Cette ville est le poumon économique du Maroc, de nombreux expatriés français et internationaux y résident. Comme vous le feriez en France, si vous comptez vous installer, une étude de marché préalable et une rencontre avec les ostéopathes et médecins locaux est indispensable.

La décision était prise de m’installer là-bas, 5 mois après avoir songé à quitter le Canada. Après deux ans de pratique intensive à Montréal, l’expérience que j’y avais acquise m’a permis d’être plus sûre de ma pratique et plus à même d’aller rencontrer d’autres professionnels de santé, et accroître mes connaissances.

Travailler au Maroc a été extrêmement formateur, j’ai adoré cette expérience, celle d’arriver seule, dans un pays inconnu, avec tout un réseau professionnel à créer, qui fut un vrai challenge.
J’ai eu le grand bonheur d’y rencontrer des médecins rhumatologues, traumatologues, urgentistes, pédiatres et autres, qui étaient très intéressés par l’ostéopathie et souhaitaient vraiment comprendre en quoi consistait réellement notre profession. Les échanges avec ces médecins ont été nombreux et fructueux, nous avons appris à travailler ensemble afin de traiter rapidement et durablement nos patients communs.

Le hasard des rencontres a fait que je me suis très vite entourée de kinésithérapeutes et  d’une podologue. Nous avons décidé de créer un pôle santé ensemble.

Je tiens à préciser qu’il faut sortir du mythe de l’humanitaire, et il ne faut pas se leurrer sur la pratique à l’étranger. S’installer en Afrique ou en Asie, ne veut pas dire travailler gratuitement. A Casablanca, mes loyers de cabinets et personnels étaient bien plus chers que ceux des grandes villes de province française, les RCP et la vie en général est aussi onéreuse ici qu’ailleurs. Mes séances étaient au prix des séances françaises, notre profession est de plus en plus connue et les tarifs pratiqués aussi. »

 

Quels conseils pour un ostéopathe souhaitant s’installer à l’étranger ?

« Il faut oser voyager, poser ses valises, s’investir ailleurs. Arriver seul(e) dans un pays dans lequel on ne connaît personne est très stimulant.
Néanmoins, il est important de prendre conscience, qu’ici comme ailleurs, nous ne sommes pas attendus et que les français ne sont pas forcément toujours appréciés à l’étranger. L’objectif est donc faire sa place en restant humble, et de faire ses preuves par un travail efficace sans s’imposer. »

 

Un article rédigé par Chloé Hiriart, Ostéopathe D.O. à Pessac – 7 rue de Bethmann

Suivez moi sur FB : Chloé Hiriart – Ostéopathe D.O.  – @hiriartosteopathie

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